mercredi 16 avril 2014

Le sous-Smic de M. Gattaz

Hollande et son premier ministre ont pris l’habitude de ne tendre que l’oreille droite. Pierre Gattaz l’a compris mieux que personne.

Cette fois l’offensive est massive, coordonnée. Non content de triompher sur presque tous les fronts, le président du Medef, Pierre Gattaz, s’est donc prononcé hier pour l’instauration d’un «salaire transitoire inférieur au Smic». Ne voyons là aucune provocation, prenons l’affaire au sérieux. Si le patron des patrons prend le risque de ressortir de la boîte à outils du patronat la vieille idée d’un Smic version Balladur (CIP) ou Villepin (CPE), allant au-delà des seuls jeunes désormais, c’est bien parce qu’il se sent soulevé par les courants d’air porteurs de l’Élysée et de Matignon! Conforme à sa stratégie d’aller plus vite, plus haut et plus fort, Pierre Gattaz veut appliquer à l’économie française la célèbre devise olympique et ne plus se contenter du pacte de responsabilité, qu’il a applaudi des deux mains. Il lui faut maintenant ouvrir la dernière trappe aux bas salaires et casser les derniers vestiges du droit du travail, afin, dit-il, de «faire sauter des verrous» pour «créer 1 million d’emplois en cinq ans»

lundi 14 avril 2014

Rotative(s): l'écrit, toujours l'écrit...

Le journalisme de presse écrite n’est pas devenu une langue morte.

Fonction. Et nous ne nous lasserons pas. À l’idée que le fait, son commentaire et son analyse au regard du monde, vaille parfois droit. À l’idée que l’attitude de vérité à chaque instant impose des sacrifices tels qu’en toute lucidité, donc en toute souffrance, nous trouvions les chemins qui nous permettent de démontrer que rien, absolument rien, n’est jamais intraduisible à condition d’utiliser les bons mots au bon moment. À l’idée, aussi, que l’habitude d’appréhender l’histoire à travers l’actualité comme conception du présent dans l’épaisseur du temps ne signifie pas se transformer en gardien de musée. À l’idée, enfin, que le combat livré par les «écrivants» mérite qu’on s’y attarde et s’y intéresse, non pas seulement en tant que genre, mais en tant que fonction des agrégats humains, à la mesure d’un journal dont le nom même, l’Humanité, donne l’ampleur de l’ambition et la rudesse de la tâche – inlassables insatisfaits que nous sommes… La presse est morte, vive la presse! 

vendredi 11 avril 2014

L'atomisation du Parti socialiste

Les dirigeants aux commandes n’ont pas cherché à faire bouger les lignes en faveur du progrès social, mais ils sont rentrés dans le rang des doctrines dominantes, quitte à passer en force, contre les militants socialistes eux-mêmes, réduits au rôle de spectateurs! 

Le sentiment d’effroi s’avère-t-il parfois pédagogique? Par expérience, souvent douloureuses, nous savons qu’au fil des événements politiques majeurs les classes populaires trouvent leur ressort collectif au détour des accidents de l’histoire, à supposer que nous vivions, en ce moment, un accident d’une telle ampleur pour la gauche dans son ensemble qu’il réclame une réaction à la hauteur de la déception. L’affaire semble se répéter inlassablement et nous serions coupables d’ignorer ce qui ressemble à un éternel recommencement, sauf que, cette fois, l’espérance d’un changement politique exprimé un soir de mai 2012 a viré au cauchemar.

mardi 8 avril 2014

Nous ne Vallserons pas !

Dans son discours de politique générale, le premier ministre a administré une droite à la gauche!
 
Ainsi donc, le premier ministre Manuel Valls a-t-il plaidé, lors de son discours de politique générale, pour «l’apaisement». Chacun aura compris qu’il parlait là, bien sûr, des «sujets de société». Car pour ce qui concerne la doctrine économique et sociale, le nouvel hôte de Matignon, comme nous nous y attendions, s’est non seulement glissé dans les pas du chef de l’Etat mais il a amplifié le mouvement avec sa brutalité désormais coutumière. Incapable de tenir compte du signal d’alarme exprimé dans les urnes lors des municipales, conclu par la débâcle électorale que nous savons, il a méprisé la colère des classes populaires et moyennes, qui se sentent trahies depuis bientôt deux ans, tout en procédant à une série d’annonces qui constituent un véritable choc libéral. Pour reprendre une métaphore pugilistique, nous pourrions dire sans avoir peur de nous tromper qu’il vient administrer une droite à la gauche! Ni plus ni moins... 

dimanche 6 avril 2014

Préoccupation(s): langage de vérité, après les Municipales...

Le pouvoir n'a toujours pas entendu les signaux de détresse d’une France en partie atomisée. Et pendant ce temps-là, le PCF subit des reculs... 

Incontrôlables. Aux âmes, citoyens? Autant la confusion des sentiments nous prête parfois quelque envie d’empathie, autant la confusion des registres, qui tient de la tricherie, nous donne des pulsions colériques et des envies de révolte. Devant les signaux de détresse d’une France en partie atomisée, sachant que pas mal de recours possibles ont été noyés dans le désastre, nous restons stupéfiés par l’absence de lucidité de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui les entourent, hypnotisés par le carcan libéralo-européen devenu seconde peau. Bientôt deux ans d’enfer pour ceux qui portent la gauche au cœur, et bientôt deux ans de gestion austéritaire pour ceux qui ont osé affirmer qu’il la défendrait, cette gauche, en mai 2012. Dans les coulisses du pouvoir, depuis le second tour des municipales, la même rengaine: Normal Ier va changer à la marge pour ne rien changer, nous dit-on, car toute son action est désormais dictée par le calendrier européen, l’acceptation du budget de la France par Bruxelles, par exemple, dans quelques semaines.

dimanche 30 mars 2014

Citoyenneté(s): à propos de Le Pen et de la gauche...

Il sera plus que temps, après ce dimanche, d’évoquer un aggiornamento de fond en comble.

Collaboration. Tout le monde en parle, alors parlons-en. Et commençons par une question simple et moins «décalée» qu’il n’y paraît: Fifille-la-voilà est-elle l’imbécile utile du capitalisme moderne, se nourrissant l’un l’autre, comme ces parthénogénèses observées par les anthropologues? 
En somme, le Front nationaliste, qui semble toujours avoir le vent en poupe, a-t-il les voiles gonflées par la crise au point qu’il pourrait dire merci aux producteurs d’exclusions de classes, qu’ils soient au gouvernement, rue de Solferino, à Bruxelles, 
au FMI ou dans les arcanes du CAC 40? L’extrême droite rivalise de démagogie et de «valeurs» nationales adossées 
à la xénophobie et à l’exclusion de la différence, comme c’est habituel, mais se pare désormais d’un langage «social» 
que ne renierait pas, parfois, la gauche radicale. L’indignation morale ne suffit donc plus. Car Fifille-la-voilà entend même, tenez-vous bien, faire «la peau à la mondialisation» 
et à la «finance aveugle». Les éditocrates, complices 
et décérébrés (pléonasme), travestissent l’essentiel. Quand l’héritière du F-haine dit «révolution nationale», eux traduisent «révolution sociale». Ce n’est plus de la banalisation, mais 
de la collaboration.

jeudi 27 mars 2014

Vent(s): sait-on encore au fond ce qui se passe?

Nous nous disons parfois que nous n’avions pas tort de croire que nos raisons d’agir ne devaient pas être raisonnables...

Sens. Chemin faisant, à la rencontre de citoyens (presque) pris au hasard dans quelques lieux publics, entre apéros, rires et gravité assumée, nous libérons la parole et les préoccupations récurrentes. Remonte surtout l’expression d’un ras-le-bol politique d’autant plus prévisible que ce n’est pas ronchonner dans sa moustache que d’observer la contagion d’un cynisme de l’acquiescement dans les plis du présentisme et de la déréliction idéologique, tant la facilité qu’on a de se tenir au courant sous le joug des éditocrates incite à s’y couler, dans le courant. Les spectateurs ont trop remplacé les citoyens, les suiveurs ont pris le pas sur les discours dominants et ce qui devrait se faire et être pensé se singent sur «ce qui se fait partout». Quand nous demandons à Régis Debray ce qu’il pense de ce climat et de notre ici-et-maintenant, il interroge: «À trop vouloir saisir au vol tout ce qui se passe, sait-on encore au fond ce qui se passe?» N’y voyons pas qu’une astuce de forme, qu’une rhétorique de penseur à la fois provocateur et philosophe. Voilà bien au contraire l’exhortation du sens, chassant l’accessoire tout au fond de nos esprits pour nous recentrer sur l’essentiel. Et à propos d’essentiel, donc, qu’entend-on dans les bars de la cité lorsque nous nous adressons à des gens plutôt engagés du côté de la gauche en radicalité?

La "percée" du FN ?

La vraie question serait plutôt la suivante désormais: à force de poser ses pas sur le tapis rouge, Marine Le Pen et ses affidés parviendront-ils, à terme, à briser le plafond de verre politique et sociologique sur lequel ils buttent depuis le milieu des années 1990?

La réalité, oui. Mais juste la réalité alors… Depuis dimanche, toute la médiacratie réunie pour le pire a décidé d’agiter le «chiffon rouge» du Front national, comme si «la percée» réalisée dans de nombreuses villes était le seul tremblement de terre électoral vécu par la France ce 23 mars. La prétendue «percée» est non seulement à relativiser, mais elle n’existe pas, à l’exception notable de quelques endroits. Les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur sont têtus. Au total, le FN n’a pu présenter des listes que dans 596 communes, souvent au prix de tripatouillages que la République réprouve. Le résultat national s’avère très faible : 4,65% (et non 7% comme annoncés), soit 1,2 million 
de votants. Comment parler de poussée irrépressible? Nous ne nierons pas – surtout ici dans ces colonnes – le danger que constitue le poison lepéniste, bien au contraire. Mais la paresse des éditocrates, la soumission à la communication politique à la merci du poujadisme ambiant et, plus profondément encore, l’effacement concerté de la «question sociale» nous lassent et nous navrent, car ils braquent les projecteurs uniquement sur les conséquences d’une situation de crise, jamais sur ses causes. Cette manipulation à grande échelle ne date pas d’hier.

lundi 24 mars 2014

KO(s): qui veut salir Muhammad Ali ?

Le combat entre Cassius Clay (futur Ali) et Sonny Liston, en 1964, était-il truqué? Pas si simple...

Liston. À quoi joue le FBI? Ou plus exactement, 
à quoi jouent ceux qui fouillent dans les archives du FBI pour en exhumer ce qu’ils considèrent comme des vérités non discutables ? Fin février, The Washington Times a publié une longue enquête mettant en doute l’authenticité de la victoire de Cassius Clay –futur Muhammad Ali– contre l’ogre Sonny Liston, resté dans son coin à l’appel de la septième reprise, le 25 février 1964. Ce jour-là, l’histoire de la boxe et du sport venait de basculer, et les États-Unis découvraient, incrédules, un personnage hors norme de vingt-deux ans devenu, à la force de ses poings et par la grâce de ses convictions, champion du monde des poids lourds. Plus rien ne serait jamais comme avant.

samedi 22 mars 2014

La nausée

Le palais de l’Élysée n’était-il donc que le QG d’une mafia politique dirigée par un cabinet noir?

L’illusion médiatico-politique n’aura donc pas duré. Durant quinze jours, à la manière du célèbre proverbe de Confucius («quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt»), la justice de la République montrait le et les coupables, et pendant ce temps-là, maîtres en illusions, les affidés voulaient nous forcer à regarder, tous, dans la mauvaise direction. Ils souhaitaient que «l’affaire» Sarkozy devienne «l’affaire» Taubira. La patience a parfois des avantages que la justice d’un État de droit réclame. Oui, «l’affaire» Sarkozy est redevenue une affaire d’État. Et pas n’importe laquelle. Après la publication par Mediapart d’extraits des fameuses écoutes judiciaires de l’ex-président, les Français découvrent, ahuris, l’accablante opération de corruption mise en place par la Sarkozye. S’ils sont avérés dans les jours qui viennent –comment imaginer le contraire–, ces enregistrements confirmeraient que l’ancien hôte de l’Élysée et son avocat, Thierry Herzog, étaient bel et bien renseignés par le haut magistrat Gilbert Azibert. Nicolas Sarkozy risque d’être accusé de prévarication. Ci-devant, l’un des scandales les plus énormes de la Ve République.

mardi 11 mars 2014

République malade

En abîmant
«la» politique,
la Sarkozie a abîmé durablement 
la République 
et l’espoir citoyen, jadis mêlés.

Les grandes heures de troubles incitent parfois à de grands moments de réflexion sur notre époque. À chaque jour ou presque son affaire d’écoute(s) concernant l’ex-chef de l’État, et nous nous disons que, décidément, la France n’en a pas fini d’essayer de tourner la page de la Sarkozie dont certains rêveraient un bis repetita. Qu’on le veuille ou non, les malins, les coquins 
et les cyniques n’ont pas quitté la scène, ils aspirent toujours, comme au temps béni du pouvoir suprême, 
à l’impunité absolue et à l’affranchissement des règles 
de droit. Mis sur écoute par la justice depuis des mois, Nicolas Sarkozy serait maintenant suspecté de trafic d’influence. Bettencourt, Karachi, Tapie, Kadhafi, sondages de l’Élysée, etc.: voilà une affaire de plus, symbole d’un homme en bande organisée, rattrapé par ses propres modes de fonctionnement. Comme si nous étions en permanence ramenés en arrière.

lundi 10 mars 2014

Ecoute(s): ce que l'affaire Buisson nous apprend

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer tranquillement que ces personnages nicoléoniens ont sali les institutions, jusque dans le secret des décisions. Avec eux tout était permis.

Patrick Buisson.
Buisson. C’était un temps, au palais, où les conventions ordinairement dues au lieu et aux fonctions n’avaient plus grand sens, à force d’avoir été épuisées par le mélange des genres et la confusion des intimités jetées en pâture. Écarté du monde réel par ses courtisans et ses maîtres des basses œuvres, Nicoléon tutoyait les conseillers comme on tape sur l’épaule d’un bon vieux copain, préparait ses coups dans ses cabinets noirs avec des hommes si peu recommandés qu’eux-mêmes se cachaient, et quand il lui arrivait de parler pour ce qu’il avait à dire, ses propos définissaient l’homme-en-vrai et permettaient de dévoiler le vrai visage embusqué sous des masques chargés de le valoriser.
Depuis Descartes (au moins), nous savons pourquoi nous devons douter de ce dont nous avons eu parfois raison de douter une fois. Oui, Nicoléon se décryptait aussi par ceux qui formaient son entourage et qui confondaient allègrement les ors de la nation avec les allées d’un parc d’attraction pour adolescents attardés. L’un d’eux, et pas le moins intéressant, nous revient ainsi comme un boomerang et nous rappelle, si besoin était, que cette époque glauque et trouble a perverti beaucoup de choses, depuis. Le tristement célèbre Patrick Buisson, conseiller des ombres et de l’occulte, n’était donc pas qu’un histrion à la solde d’une France néo-réac et maurrassienne, il était aussi, ceci explique cela, un barbouze de la pire espèce doublé d’un maniaque de la saloperie patentée. L’ex de Minute recyclé à la tête de la chaîne Histoire (mystère des convulsions idéologiques de notre temps !) enregistrait en douce les réunions et les conciliabules, même en présence du prince-président, auquel il léchait les talons rehaussés, pourtant, du matin au soir. Minable à plus d’un titre, la pratique digne du SAC témoigne de l’esprit du bonhomme, qui ne nous surprend guère.

mercredi 5 mars 2014

Ce que femme vit...

Ce qui dévaste tout depuis quelques années porte un nom, l’austérité. Un poison qui mine tout le corps social et dont les femmes sont les principales victimes. Chômage, précarité à l’embauche, multiplication des formes «atypiques» d’emploi, pauvreté, inégalités salariales, etc.

Phares et balises semblent parfois manquer si cruellement au citoyen moderne parcourant la société en solitaire qu’il finit par ne plus voir ce qu’il a sous les yeux, ou alors sans références ni repères, comme une faute irrémissible. Le citoyen en question devrait néanmoins se poser une question simple: comment doit-on nommer un moment de l’histoire d’un pays où le sort des femmes, après 
avoir lentement mais réellement progressé durant 
des décennies, subit une forte stagnation pour ne pas 
dire plus? La réponse s’impose: nous vivons un moment de régression, d’involution même, et devoir écrire ces mots donne autant le vertige qu’un goût de révolte.

Une statistique, qui n’est toutefois que la partie visible de l’iceberg, continue de nous hanter. Au travail, les femmes sont toujours victimes d’un «plafond de verre», pour reprendre la novlangue habituelle, et gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes. «De quoi souffres-tu?» demandait René Char, avant d’assigner le monde: «De l’irréel intact dans le réel dévasté.»

vendredi 28 février 2014

Théologien(s): avec Hans Küng, le retour du Jésus des pauvres

Le grand théologien suisse publie un livre sur le christ, dans lequel il prend le contre-pied des théories d'un certain Joseph Ratzinger...

Küng. Connaissez-vous Hans Küng? Agé de 86 ans, le théologien suisse est considéré par les progressistes chrétiens comme l’un des contestataires les plus importants depuis les années 1970, toujours en marge d’une Eglise dont il conteste la doctrine depuis qu’un certain Jean-Paul II a imposé une vision dogmatique de la doctrine de la foi, aidé, comme chacun le sait, par son successeur, Benoît XVI, redevenu Joseph Ratzinger. En 2012, Hans Küng avait ainsi publié un livre choc, «Peut-on encore sauver l’Eglise» (Seuil), dans lequel il dressait un bilan sans concession, quasi crépusculaire, d’une institution aux frontières desquelles il est pourtant resté attaché, mais à sa manière, avec une liberté de parole intacte et sans jamais rompre totalement. L’élection de François Ier, il y a bientôt un an, a-t-elle tout changé?

mardi 25 février 2014

Exception(s): la culture est-elle en danger?

L’investissement culturel doit-il être soumis à l’économie, au monde marchand et à une supposée croissance à plusieurs chiffres?
Culture. Cette fois, quelque chose dans l’air du temps nous pousse à y croire vraiment : et si la France, sans même s’en rendre compte, finissait par bazarder aussi son exception culturelle, après tant et tant d’années de luttes et de mobilisation collective? De baisses budgétaires en gel des crédits, de manque d’ambition en renoncements successifs, sans parler, bien sûr, du danger mortel que constitue le maudit traité Transatlantique de libre-échange, qui aurait pour conséquence de brader quelques pans entiers de la République régulatrice, la culture est belle et bien en danger. Parfois jusqu’à l’absurde… Avez-vous vu les réactions d’allégresse et les transports d’enthousiasme après le rapport des inspections des finances et de la culture qui vient de mettre en avant le fait que le secteur culturel était un « remarquable élément productif » de notre économie, comme si cette découverte constituait l’alpha et l’oméga de toute ambition? Pour comprendre l’«enjeu économique» (sic), l’exemple d’autres secteurs industriels fut même pris en exemple, comme l’automobile. «Formidable», a-t-on entendu, preuve, pour certains, que la «rentabilité» serait source de réconfort. Car voyez-vous, les «bonnes retombées économiques» justifieraient «les dépenses culturelles». Et personne ne s’indignerait de cette schizophrénie?

samedi 15 février 2014

Libé(s): ou comment bazarder son histoire

Les journalistes de Libération, depuis la création de leur quotidien avec Jean-Paul Sartre en 1973, ont-ils réussi à préserver les fondements philosophiques de leur naissance?

Engagement. Depuis Jean-Paul Sartre, le rapport 
du journal Libération à l’idée que certains journalistes se faisaient à la «grande époque» de leur propre «engagement» dans la société reste une question-clef d’autant plus pertinente, sinon urgente, que la situation de ce quotidien national créé en 1973 sous l’ombre tutélaire du philosophe est plus que jamais en péril. Vu de loin, mais d’assez près quand même pour se permettre une opinion, les journalistes d’ici-et-maintenant tentent depuis quelques jours de redonner sens et vie à cet idéal d’engagement qui fut à la source de leur réussite il y a quarante ans. L’atmosphère éruptive qui règne dans les couloirs de la rue Béranger, à Paris, comme si la vie s’était soudain transformée en «AG permanente», a quelque chose à la fois d’émouvant et de pathétique. L’oukase des actionnaires, Bruno Ledoux en tête, ne passe pas – et il ne peut pas passer. Ledoux présente le projet de la direction en ces termes: «Ce projet inscrirait Libération, non plus comme un seul éditeur de presse papier, mais comme un réseau social, créateur de contenus, monétisables sur une large palette de supports multimédias.» Vous avez bien lu. Monétisable ou rien.

vendredi 14 février 2014

Origine(s): à propos de l'ordre moral...

Quand la doctrine économique des socialistes au pouvoir ressemble au concepts fondamentaux de la droite. Et quand la France maurrassienne ressurgit...

Marqueur. Les semaines passent et les mots nous manquent, en vérité, pour exprimer au plus près notre ressentiment devant ce qu’il convient non plus de nommer des «renoncements» ou des «changements de cap», voire des «trahisons», mais bien une défaite à l’Idée même de gauche dans ce que sa tradition a de plus hautement symbolique. Normal Ier ne déçoit pas, ou plus, il assume un libéralisme échevelé qui se rapproche tant des concepts fondamentaux de la droite du centre et de l’UMP que sa doctrine économique ressemble, sans exagérer, à un copier-coller des programmes nicoléoniens de 2012. Qui eut cru, quand même, que les références à Munich, à Jules Moch ou à Guy Mollet nous viendraient immanquablement à l’esprit en regardant s’activer un président socialiste qui a cessé de l’être, un premier ministre qui ne sert à rien, un ministre des Finances qui ne jure que par l’OMC, la troïka et le FMI, et un ministre de l’Intérieur – adieu le temps des cerises – qui est à peu près à la gauche ce que Hortefeux et Besson étaient aux idées progressistes, à l’époque de leur « gloire » ministérielle… Oui, nous avons mal.

jeudi 13 février 2014

Bernard Chambaz: «Pédaler avant d’écrire, parce que pédaler c’est avancer, donc survivre»

Le dernier roman de Bernard Chambaz, Dernières Nouvelles du martin-pêcheur (Flammarion, 320 pages, 19 euros), nous emmène dans une traversée est-ouest des États-Unis à vélo. L’écrivain, les mains sur le guidon, part sur les traces de son fils cadet, Martin, mort tragiquement en 1992, et affronte à chaque page les apparitions de l’être disparu. Une littérature au sommet, celle du deuil et de la vie. Partir à vélo, vingt ans après la mort de votre cadet, pour traverser les États-Unis d’est en ouest, est authentiquement une idée de cycliste. Or tous ceux qui vous connaissent bien savent que vous êtes un grand cycliste. Et pourtant, à la lecture de ce livre qui sera, quoi qu’il arrive, l’un des livres les plus importants de l’année 2014, on finit par se dire qu’il s’agit probablement d’une des plus incroyables expériences littéraires doublée d’un authentique exercice de style.

-Vous fallait-il un exploit physique pour atteindre à une telle incandescence des mots, sur un sujet particulièrement douloureux? En somme, pourquoi pédaler avant d’écrire?
Bernard Chambaz. Exploit physique, je n’irai pas jusque-là, même si 5 500 kilomètres à vélo en un mois et rouler par plus de 45 degrés à l’ombre quand il n’y a pas d’ombre finissent par faire une belle traversée ; incandescence des mots, je vous remercie, j’aimerais bien qu’il en soit ainsi car c’est vraiment ce que « la littérature » exige. Pédaler avant d’écrire est bien le fondement même de ce livre, parce que pédaler c’est avancer, donc survivre, parce que j’en ai fait l’expérience il y a vingt ans à la mort de notre fils, parce que je suis vraiment reparti à la rencontre de Martin, de ce qu’il était en quelque sorte « devenu », comme à la rencontre du livre, sans savoir à l’avance ce qu’il en adviendrait. Pédaler m’offrait le moyen idéal de me rapprocher de lui, par le songe, par la compagnie qu’il représenterait forcément tout au long de ces journées où je serai sur la route cinq à six heures. J’espérais que pédaler permettrait au roman de se mettre en place. Et c’est bien ce qui s’est passé. Dernières Nouvelles du martin-pêcheur aurait pu être un livre d’une immense tristesse, d’une insondable mélancolie. Ça l’est en quelque sorte, bien sûr, mais, j’ose affirmer que nous percevons au détour de ces pages comme une réconciliation avec la vie.

jeudi 6 février 2014

Gérard Mordillat: «Je perçois la condition féminine comme plus dramatique»

L’écrivain et cinéaste vient de publier un nouveau roman, Xenia (éditions Calmann-Lévy), dans lequel il raconte la vie de tous les jours de femmes humiliées par le monde du travail, qui décident d’organiser la résistance et la lutte sociale. Le roman comme outil, comme arme, pour mieux lire, mieux voir le monde réel...

Le tout nouveau roman de Gérard Mordillat, Xenia, nous embarque dans l’épopée en apparence ordinaire de deux femmes elles aussi «ordinaires», victimes à elles seules des souffrances de la vie quotidienne au travail, mais peu à peu héroïnes à plus d’un titre. Femmes et salariées de tous les jours, ballottées, exploitées par des logiques d’entreprise qui font peu cas de la vie des individus. Avec ce roman, Gérard Mordillat donne à lire, une fois encore, la réalité des «invisibles», celles et ceux qui en bavent, mais aussi celles et ceux qui finissent par s’organiser, par se révolter, et découvrent la puissance des formes collectives d’action par temps de révolte(s). Indispensable littérature...

-Votre roman Xenia (1) porte en exergue une phrase de Rimbaud: «Briser l’infinie servitude des femmes…»
Gérard Mordillat. Oui, cette phrase aurait pu être en exergue de tous mes livres précédents, l’Attraction universelle, les Vivants et les morts, Notre part des ténèbres, Rouge dans la brume, Ce que savait Jennie… Parce que, dans tous mes livres, s’il n’y a pas de «héros» au sens masculin du terme, il y a des héroïnes. Des femmes qui ont toutes en commun de lutter contre le sort qui leur est fait, contre l’injustice dont elles sont victimes. Xenia se situe absolument dans la même perspective, dans le même élan, la même révolte. Xenia, c’est Dallas, c’est Mado, c’est Gigi, c’est Anath, c’est Jennie…

-Vous avez plusieurs fois déclaré que vos livres (et vos films !) procédaient non pas d’un «sujet» mais d’une image fondatrice que vous cherchiez à expliquer à vous-même et aux lecteurs ou aux spectateurs… Quelle est l’image qui a suscité Xenia?
Gérard Mordillat. J’avais en mémoire qu’un samedi après-midi, en Grèce, les caissières d’un supermarché avaient toutes quitté leur caisse à l’heure H… Bien sûr, le supermarché avait été pillé mais le plus extraordinaire c’est que non seulement tout ce qu’il y avait sur les rayons avait été pris mais aussi les rayons, les caisses, les chaises, tout ce qu’il y avait dans le magasin ! Quand la police était arrivée, il ne restait plus que le sol et les murs. Je suis parti de là, de cette table rase qui, soudain, dégageant l’horizon permettait de voir la réalité du monde d’un œil neuf. Xenia, Blandine, Biglouche, Samuel, Gauvain, tous les personnages de mon roman sont venus occuper cet espace, en prendre possession. Je voulais montrer à la fois la puissance d’un mouvement populaire, sa capacité à tout remettre à plat, à zéro et surtout comment seule la solidarité peut couronner de succès de telles actions. Et tout cela grâce à la détermination, à l’énergie d’une jeune femme de vingt-trois ans que rien ne prédisposait à mener la bataille, sinon la violence quotidienne qui lui était faite.

lundi 3 février 2014

Contre l'obscurantisme: de la détermination !

Se souvenir des sourires et des poings dressés, de la confiance sans relâche de la force de nos convictions, car le progrès n’est pas rêve vide dans la matrice du «dessein intelligent» des hommes.

La honte...
Les contrastes sont par définition saisissants. Mais ceux auxquels nous avons assisté, ce week-end, les yeux grands ouverts et la conscience en éveil, ont provoqué en nous des sentiments tellement inversés que nous avons oscillé entre, d’un côté, la joie philosophique de se retrouver autour de valeurs indiscutables qui conjuguent l’être-ensemble et l’épanouissement humain et, d’un autre côté, l’effroi d’un immonde pressentiment de dégoût quand des conservateurs, des ultraréactionnaires et des fascisants de toute espèce défilent ensemble.

Lumières ou ombres: deux visions du monde se sont opposées dans des défilés si différents que rien, absolument rien, ne peut les rapprocher. Samedi, à Paris, à Madrid et dans toute l’Europe, des dizaines de milliers de progressistes ont dénoncé les atteintes aux libertés des femmes et défendu le droit à l’IVG – et bien plus que cela en vérité. Hier, à Paris et à Lyon, des milliers d’illuminés de dieu et autres adulateurs d’obscurantisme, propagateurs de peurs en tout genre et de rejets de l’autre ont de nouveau souillé le pavé avec leur «Manif pour tous» et leur «Jour de colère», comme ils disent. Une fois encore, ce mouvement de revanchards fidèles aux vieux principes de la réaction nous lasse autant qu’il nous inquiète…