vendredi 20 février 2015

Esprit(s): la température de nos convictions

L'après-11 janvier suscite bien des interrogations. Légitimes.


Réflexion. Plusieurs lectures vivifiantes, ces derniers jours, sur le thème «Quel avenir pour la France du 11 janvier?». Sous-entendu: l’impressionnant et revigorant mouvement citoyen – par son nombre et son exigence revendiquée – né au lendemain des odieux attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher passera-t-il l’hiver? Les avis divergent. Nous-mêmes, qui savons ce que coûte tout optimisme candide, ne sommes pas à l’abri de déconvenues. Si l’événement de ces tueries marque, peut-être, l’avènement de la «déterritorialisation du monde», comme le suggère le juriste Antoine Garapon, dans la dernière livraison de la revue Esprit, en tant que fin du lien historique entre territoires et populations, individus et nations, doit-on pour autant aller jusqu’à penser, comme Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, que l’esprit du 11 janvier serait à la fois «celui d’un pacte républicain réaffirmé comme celui d’une communauté nationale disloquée»? L’affaire s’avère sérieuse.

lundi 16 février 2015

Soldat Jaurès: l'article de l'Humanité consacré à mon nouveau roman

Article invité: par Alain Nicolas.
 
Un roman très personnel de Jean-Emmanuel Ducoin, intitulé ''Soldat Jaurès'' (Fayard), 
sur le destin du fils de Jean Jaurès mort au front à vingt ans.
 
Soldat Jaurès,
de Jean-Emmanuel Ducoin.
Fayard. 224 pages, 17 euros.
«Quand on est le fils de Jean Jaurès on doit donner l’exemple.» Jaurès avait un fils, on l’a oublié, peu de gens le savaient, d’ailleurs. Louis Jaurès, né en 1898, mort à Pernant, dans l’Aisne, avant d’avoir atteint sa vingtième année. Donner l’exemple, pour lui, c’était s’engager, avant l’âge, être fidèle à sa façon à son père, mort pour avoir tenté d’empêcher cette guerre. «L’internationalisme ­philosophique n’est pas incompatible avec la définition de la patrie, quand la vie de celle-ci est en jeu», disait le jeune homme. Jean-Emmanuel Ducoin est hanté, depuis 2008 et un numéro spécial de l’Humanité sur la der des der, par la figure de ce presque enfant abattu pendant les derniers mois de la guerre.
 
Que sait-on de lui? À dix-sept ans, son baccalauréat en poche, il devance l’appel de sa classe et rejoint un ­régiment de dragons. En 1918, il est aspirant dans un bataillon de chasseurs à pied. Pendant l’offensive Ludendorff, où l’Allemagne jette ses dernières forces et obtient presque la percée décisive, il est blessé à Chaudun, en tentant de retarder l’avancée allemande. On le transporte à Pernant, où il meurt le 3 juin 1918. Voilà tout ce qu’on sait. Ce qu’on ne sait pas, c’est à la littérature de le dire, non de l’inventer, mais de le reconstruire, d’«inciser le corps de la mémoire commune» avec les outils de l’enquête pour le faire décoller sur les ailes de la fiction.

vendredi 13 février 2015

Stratégie(s): réflexions après l'élection du Doubs

La résistible ascension du Front National? A voir…

 
Doubs. Souvent, la bravoure et l’audace vont de pair avec la peur. L’extralucidité qu’elle diffuse s’aiguise à travers l’imagination crépusculaire et offre la chance de paroles et d’actions qui sauvent. Il y a des jours, comme ça, où certains rendez-vous électoraux laissent un goût amer et une impression d’avant-vu. Prenez le scrutin législatif dans la 4e circonscription du Doubs, dimanche dernier: 51% d’abstentions, plus de 8% de votes blancs et nuls, et au final, moins de 3% d’écart entre les candidats du PS et du Front national. La gauche du second tour s’en est sortie, mais in extremis… Dans ce duel gauche-extrême droite, deux premières conclusions s’imposent et valent analyse. Primo: dans ce genre de circonstances, le parti de Fifille-la-voilà est à droite, très à droite, et à ce titre elle récupère une bonne partie du vote de la droite dite «classique», ce qui confirme, si besoin était, que l’essentiel du vote lepéniste de ces dernières années provient directement de cette droite traditionnelle et nicoléonienne qui a brûlé son âme à force de courir derrière les thématiques frontistes et identitaires.

Le nouvel horizon des Amis de l'Humanité

Article invité: par Caroline Constant.
 
Fondée en 1996, l’association a décidé, ce week-end, de modifier ses statuts pour prendre un nouvel essor. Le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a insisté sur la nécessité de lire l’Humanité.
 
Ernest Pignon-Ernest, le président de l'association.
Jean-Emmanuel Ducoin, le secrétaire national.

Les Amis de l’Humanité ont bientôt vingt ans. C’est l’âge de tous les possibles et de toutes les conquêtes. Samedi 7 février, près de deux cents adhérents se sont réunis en assemblée générale annuelle, à la Maison des métallos, dans le 11e arrondissement de Paris. L’occasion, pour les Amis, de constater, sous la houlette de leur secrétaire national, Jean-Emmanuel Ducoin, qu’il est temps de prendre un nouvel essor. Car l’association est coincée dans une contradiction: d’un côté, elle multiplie, avec bonheur, les initiatives et les rapprochements avec d’autres organisations (CGT, Attac, Ligue des droit de l’homme, Ligue de l’enseignement, etc.), de l’autre, elle perd des adhérents – en moyenne cinquante par an – depuis 2011, a signalé la trésorière Colette Millereux. «Il nous faut inventer un autre chemin», a souligné Jean-Emmanuel Ducoin. La modification des statuts de l’association prévoit que les cotisations des adhérents dans leur association remontent à l’association nationale, histoire d’être redistribuées, notamment en direction des projets naissants qui ont besoin d’être financés. La proposition a créé un large débat dans la salle, avec des propositions pour rendre cette mesure effective et efficace. Les Amis ont au cœur un credo: cette volonté d’ouverture au mouvement progressiste de ce pays, qui a toujours été inscrit dans l’ADN de l’association. «Il ne faut pas s’isoler, il faut résister à la tentation de rester au chaud en famille», a complété Jean-Emmanuel Ducoin.
 

vendredi 6 février 2015

Fétichisme(s): être-en-France

Il y a un mois, un mois déjà, la tragédie Charlie…

Ame. Un mois. Un mois déjà que des amis s’en sont allés par le fer et le sang, assassinés parce que journalistes ou caricaturistes, blasphémateurs ou bouffeurs de dévots et d’idoles de toute nature, irrespectueux en toutes choses et toujours plus ou moins éveilleurs de consciences rabougries, en une époque où tout se tend et se distend, où les hiérarchies essentielles s’effacent derrière le tout-se-vaut, où soufflent plus que jamais les airs de la démagogie libérale et de la marchandisation des êtres jusqu’à leur intimité, parfois leur inconscient même. Un mois, oui, un mois que leurs voix ont été anéanties dans le chaos d’un carnage inqualifiable qui n’a pas tué que des individus mais une certaine idée d’être-en-France, de faire-République, d’imaginer l’autre comme élément d’un soi-collectif si singulier qu’il a pu transcender dans l’histoire l’idée d’universalité en tant qu’objectif. Ce qui est mort avec les morts, nos morts, ce qu’ils ont emporté malgré nous, c’est une part de leur innocence, donc une grande partie de la nôtre, sachant qu’il nous faudra coûte que coûte poursuivre quelque chose, creuser le même sillon, labourer leur trace-sans-trace puisque «toute âme est une mélodie qu’il s’agit de renouer», si l’on en croit Mallarmé.

mardi 3 février 2015

Nouveau rapport de forces en Europe?

Alexis Tsipras, engagé dans une tournée anti-austérité afin de compter ses soutiens en vue d’un allégement de la dette, pourra tester les yeux dans les yeux la sincérité de François Hollande.

Alexis Tsipras.
Souvenons-nous. Avant son élection, François Hollande voulait s’attaquer à la finance et réorienter l’Europe. Ces desseins n’étaient que des mots… Après avoir tenté, en vain, de rencontrer Hollande dès mai 2012 pour parler de l’avenir de l’Union européenne, Alexis Tsipras est invité ce mercredi à Paris par le président de la République. Le premier ministre grec, engagé dans une tournée anti-austérité afin de compter ses soutiens en vue d’un allégement de la dette, pourra tester les yeux dans les yeux la sincérité du chef de l’État français. Une manière de le mettre au pied du mur, de le rappeler à ses contradictions. Face à l’audace de la politique proposée par Tsipras, comment réagira François Hollande, dans sa volonté affichée d’aborder «l’ensemble des questions» soulevées par la nouvelle situation en Grèce? Continuera-t-il à s’aligner benoîtement sur Angela Merkel? Ou aura-t-il le courage d’ouvrir un vrai dialogue? Ce mercredi, la France sera observée comme jamais par les peuples européens: elle s’honorerait de rouvrir officiellement le débat.

dimanche 1 février 2015

"Soldat Jaurès": la critique vidéo de Gérard Collard

Le libraire et chroniqueur littéraire Gérard Collard possède la librairie La Griffe Noire, à Saint-Maur-des-Fossés, l'une des trente plus importantes de France. Il a lancé en 2009 le Salon international du livre au format de poche, il fait également partie de l'équipe de rédaction du blog lesdeblogueurs.tv et participe à plusieurs émissions de télé, tous les vendredis dans Le Magazine de la santé, sur France 5, ou sur le plateau de Valérie Expert, dans On en parle, sur LCI.
Voici la critique qu'il vient de réaliser concernant mon dernier roman, "Soldat Jaurès", sorti mi-janvier aux éditions Fayard.

Cliquez sur le lien:
https://www.youtube.com/watch?v=C2KEaO2T7jc

samedi 31 janvier 2015

À Auschwitz, voir n’est qu’une première étape pour comprendre

Le camp d’extermination n’est pas devenu symbolique par hasard: par son unicité, il résume la criminalité du régime nazi. Plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants, d’abord des juifs, y furent massacrés.
 

Auschwitz I.
Depuis Oswiecim (Auschwitz-Birkenau, Pologne).
Et soudain, comme une effraction, la confiance en soi s’effrange en déraison. Être déjà venu là, ici et nulle part ailleurs, ne change rien à la conscience altérée, au choc annoncé, à l’intensité prévisible du retour sur les lieux en tant qu’unicité. Le ciel de craie aux tons uniformes du petit matin d’hiver n’arrange rien, tellement irréel qu’on le croirait peint par une main invisible. Que vous arriviez de Katowice ou de Cracovie – les deux grandes villes polonaises les plus proches, distantes de quelques dizaines de kilomètres du plus grand cimetière de l’humanité –, vous laissez toujours dansles rétroviseurs une part de vous-même, l’image figée d’un avant et d’un après qui se brouille à mesure que vous progressez sur des routes extirpées du temps et restées longtemps informes. Dans la voiture, comme un écho dissipé, nous nous murons dans un silence accepté déjà fondu dans un tumulte d’émotions, chaque fois revisité. Nous pensons à Primo Levi: «Bien des mots furent alors prononcés, bien des gestes accomplis, dont il vaut mieux taire le souvenir.» (1)
 
Trouver Auschwitz par ses propres moyens n’est pas aisé. Ici, c’est Oswiecim (2), et les faubourgs de la ville vous rappellent immanquablement certaines scènes du film de Claude Lanzmann, Shoah. Il faut attendre le premier rond-point, non loin de l’actuelle gare, pour dénicher l’un des rares panneaux indicateurs: «Auschwitz Musée». Vous avez bien lu, un musée. Pour les visiteurs avertis, Auschwitz demeure cette plaie ouverte dont il convient d’examiner sans relâche la nature et le devenir. Le nom même n’est pas devenu symbolique et métaphorique par hasard: plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants y furent assassinés.

Domino(s): le courage retrouvé grâce à Syriza

L’Histoire rattrape toujours à coups de crocs ceux qui cherchent à lui échapper. La preuve en Grèce.
 

Démocratie. «Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience.» Les blessures sont fécondes à ceux qui lisent encore René Char. Parfois, de nouvelles naissances surgissent, elles défient la peur et redonnent une part de leur dignité à ceux qui n’ont jamais désespéré. Les Grecs viennent de nous rendre un immense service en honorant la promesse qu’ils doivent au monde auquel, depuis toujours, ils ont tant donné. Ne cachons pas notre joie et notre plaisir. La victoire électorale de Syriza, que nous pouvons qualifier d’éclatante car elle s’adosse à une base sociale solide, octroie aux peuples européens transis un peu plus que de l’émotion, disons les raisons d’un courage à retrouver. Jusque-là, souvenons-nous, nous avions assisté à des attaques féroces, orchestrées par tous les bien-pensants du libéralisme sans frein, par l’establishment international et par tous ceux qui composent la médiacratie affiliée aux puissances financières, quelles qu’elles soient, et à cette troïka dévastatrice. Tout avait été tenté pour empêcher le parti d’Alexis Tsipras d’accéder au pouvoir, donnant à voir l’une des facettes les plus obscures de la situation postdémocratique dans laquelle ils voulaient nous avilir: beaucoup pensaient même – comment leur en vouloir? – que la mondialisation avait réduit à néant les marges de manœuvre des instances politiques et que le capitalisme globalisé, organisé avec une opacité redoutable, continuerait d’imposer ses choix à tous les peuples du Vieux Continent. Seulement voilà, l’Histoire rattrape toujours à coups de crocs ceux qui cherchent à lui échapper.

jeudi 22 janvier 2015

Discernement(s): "discrimination négative" contre "apartheid ethnique"

Dans la France d’après, nous n’avons pas fini de parler des différenciations.
 
Inégalités. À l’heure des principes de précaution valorisés et appliqués soi-disant à tous les domaines de l’existence, jusques et y compris dans la Constitution, jamais la République, dans l’exercice de sa puissance contemporaine, n’a autant délaissé ses enfants les plus démunis. Rendre la dignité aux plus faibles ne semble plus être une mission à laquelle s’assignaient, jadis, les représentants missionnés d’un État qui apparaissait d’autant plus protecteur qu’il imposait, au moins dans ses principes et sa volonté, l’horizon d’un pacte social partagé. Qu’est devenue l’égalité de nos frontons? Et l’école, «gratuite, laïque et obligatoire», qui a donné à tous les citoyens la possibilité d’être traités à parité, comme des semblables, indépendamment de leur origine sociale ou géographique. Ce fut l’honneur de la République de rompre avec les facteurs de différenciation fondés dans la nature, les traditions ou les hiérarchies. L’égalité des citoyens devant la loi n’est pas un vain mot. Alors que dire des inégalités imposées dans les quartiers populaires? Il y a dix ans, le regretté sociologue Robert Castel évoquait déjà «la discrimination négative» dont sont victimes les jeunes héritiers de l’immigration, assignés à résidence. Nous n’avons pas fini d’en parler.
 

mardi 20 janvier 2015

Non-assistance aux quartiers populaires

Quand Manuel Valls évoque les inégalités et un "apartheid ethnique"...

Parfois les grands maux suscitent de grands mots. Il aura fallu de nombreux morts, le traumatisme d’une France noyée de chagrin et de sidération dans des mares de sang, puis des millions de personnes dans les rues exprimant la passion collective de valeurs durement attaquées, pour qu’un premier ministre parle des inégalités qui minent le pays dans lequel nous tentons de préserver un vivre-ensemble. De toute évidence, Manuel Valls a voulu surjouer, hier, lors de ses vœux à la presse, un élan de sincérité en reconnaissant l’existence de ce qu’il appelle un «apartheid territorial, social», promettant un combat «contre les inégalités» visant à refonder la «citoyenneté», un mot qu’il préfère à «l’intégration». Le constat, quoique tardif pour l’ancien maire d’Évry, mérite notre attention. À un détail près. Le chef du gouvernement évoque également un «apartheid ethnique». Vous avez bien lu: apartheid ethnique.

Que Monsieur Valls le sache une bonne fois pour toutes: il n’utilise pas l’expression appropriée, sauf à vouloir ramener des individus à leur appartenance, à leur couleur de peau, voire à leur religion.

jeudi 15 janvier 2015

Hypocrite(s): pour Charlie, l'hommage du vice à la vertu

Liberté-Egalité-Fraternité a connu un éclat retrouvé. Mais il y a un « mais » que nous ne tairons pas.


Peuple. Il y a des moments, dans la vie d’une République originelle comme la nôtre, où nous attendons que surgisse de l’obscurité l’éclat d’une lumière, une forme de sursaut qui, en tant que sursaut, veut creuser l’espoir et non les tombes. Les médias dominants et les puissants qui les cooptent ou les financent nous ont tellement répété ces dernières années que la «société française» (de quoi, de qui parle-t-on?) cherchait son «identité» dans les méandres de ses illusions perdues (lesquelles?) que beaucoup de citoyens de France se sont égarés en impuissance faute de se remémorer des choses simples et fondamentales. Le «Liberté-égalité-Fraternité» titré en une de l’édition spéciale de l’Humanité, un certain dimanche 11 janvier, n’était pas un rappel à l’ordre ronflant ou inutilement donneur de leçons. Bien au contraire. Ce titre, que notre rédaction ne sort pas tous les quatre matins, signifiait juste que par notre ici-et-maintenant se jouait une partie de notre ici-et-demain. Que la réponse démocratique au surgissement d’un événement hors norme devait être si importante, si puissante, qu’il était impensable de ne pas y jeter toutes ses forces, même celles qui venaient à nous manquer. Ainsi, affirmons-le massivement. Dans les rues de France, cette devise Liberté-égalité-Fraternité a connu un éclat retrouvé, une gravité sincère et peut-être même une réalité sociale et populaire que nous n’imaginions pas d’une telle ampleur.

mercredi 14 janvier 2015

Combat d'idées

Le retour du «débat» sur la liberté d’expression. «Jusqu’où?», se demandent certains, quand d’autres, si on les laissait faire, pousseraient l’interrogation jusqu’à la métonymie.

Sans doute aurait-il fallu attendre encore quelques jours, attendre, oui, que tous les morts soient inhumés dans l’intimité endeuillée des familles et des amis, attendre que l’inscription de l’événement dans une mythologie partagée se déconstruise d’elle-même par l’intelligence et la raison, sans rien lâcher sur le fond. Hélas, il y a beau temps que l’exigence médiatique recommande de sonner le glas plus vite que Notre-Dame, surtout pour des dessinateurs aussi irrévérencieux que ceux de Charlie. Ces derniers, à n’en pas douter, se seraient délectés sinon révoltés des contresens et contradictions vus, lus ou entendus depuis les rassemblements du 11 janvier. Dernier avatar en date, le retour du «débat» sur la liberté d’expression. «Jusqu’où?», se demandent certains, quand d’autres, si on les laissait faire, pousseraient l’interrogation jusqu’à la métonymie, figure rhétorique consistant à donner une chose pour une autre…

dimanche 11 janvier 2015

Exécution(s): un miroir sur la France

Ils n’ont pas tué Charlie. Ils n’ont pas tué le journalisme et la satire. Ils n’ont pas tué la République. 
 
 
D'abord. Ils ne vieilliront plus ; nous vieillirons sans eux. Ce matin, il n'y a pas d'autre vêtement sur nous que ces lambeaux de rage et de stupeur. Rage à maîtriser au plus vite. Stupeur à fondre dans les méandres de nos dégagements psychologiques, pour poursuivre, ne rien trahir. Perdre des amis, des camarades, des confrères et des compagnons de route fidèles et exigeants de l’Humanité, au cœur de la cité des Lumières, en plein jour, tous victimes d’exécutions, a quelque chose de tellement irréel qu’il nous semble impossible d’évoquer les terribles deuils sans faire état de notre propre deuil. Pardon, mais comment l’écrire autrement? Nous sommes un peu morts avec eux. Nous les maintiendrons en vie. Quoi qu’il nous en coûte. Le cerveau battant de la France des libertés a été atteint au plus sacré. Ils ont tué Charb, le pote intime. Ils ont tué Cabu, rendez-vous compte, Cabu, le pacifiste, la générosité incarnée! Ils ont tué Wolinski. Ils ont tué Tignous. Ils ont tué Maris. Ils ont tué tous les autres, les alignant comme des bêtes, sommairement, lâchement. 

samedi 10 janvier 2015

Charb et l’intelligence de l’irrévérence

Article invité: par Laurent Mauriaucourt.
 
Stéphane Charbonnier, dit «Charb», né le 21 août 1967, assassiné le 7 janvier 2015. Ses dessins ne faisaient pas rire tout le monde. Mais les hommages aujourd’hui se multiplient. L’homme et le journal dont il avait pris la direction en 2009 incarnaient la liberté sous toutes ses formes.
 
On ne saura jamais ce que Charb aurait dit ou dessiné dans Charlie la semaine prochaine sur l’attentat meurtrier dont il a été l’une des 12 victimes, hier mercredi 7 janvier. Mort au charbon, Stéphane Charbonnier. Tiré comme un canard. Dans les locaux de Charlie Hebdo, à l’heure de la conférence de rédaction. En plein boulot. «Charlie, c’est ma raison de vivre», nous disait-il. À quarante-sept ans, Charlie aura été la raison de son décès. Un décès décidément inqualifiable. À lui, les mots et les couleurs ne manquaient jamais pour dire, pour rire, pour gueuler, pour lutter contre la bêtise. La couleur brune d’un dessin d’étron fumant sur fond de drapeau français lui a valu une plainte. Une de plus. L’étron commenté: «Le Pen, la candidate qui vous ressemble», avait fâché les hauts et les bas du Front national. Le petit gars de Conflans-Sainte-Honorine a grandi à Pontoise. Un père aux PTT, une mère qui fut d’abord secrétaire d’huissier, puis enseignante. Ses crayons de couleur et ses feutres, le jeune banlieusard les usait à copier Tintin, Picsou, Lucky Luke et les Dalton. À onze ans, quand, comme tous les mômes, il découvre Cabu dans les émissions de Dorothée, Charb se promet de dessiner encore longtemps. Imaginez le jour où, invité par Michel Polac dans l’émission Droit de réponse pour évoquer son journal de lycée, il se retrouve sur le même plateau que Cabu!

Cabu: un dessinateur de presse à hauteur d'art

D’Hara-Kiri à Charlie Hebdo en passant par le Canard enchaîné, le génial créateur du Grand Duduche et de Mon Beauf avait la bêtise en horreur. Il était né avant-guerre, à Châlons-en-Champagne, dans un milieu petit-bourgeois. Un héritage qu’il aura tôt fait de fuir.
 
Quelques-uns, parfois, non par commodité mais par l’outrecuidance d’une longue amitié tannée par les années, osaient encore l’appeler Jean, ou Jeannot, selon les circonstances. Alors, sous la coupe au bol et derrière ses lunettes sphériques, il levait les yeux, étonné par cette audace venue d’outre-là, et lâchait entre ses dents un râle murmuré: «C’est à moi que tu parles?» Un rire contenu ponctuait toujours la scène, comme si l’épaisseur du temps venait soudain réveiller sa lucidité. Jean Cabut, alias Cabu, était bien né avant-guerre, un 13 janvier 1938, à Châlons-en-Champagne (Marne). Un long chemin entre les siècles qu’il disait «avoir arpenté sans regret» mais «sans vraiment s’en rendre compte». Les années ne lui donnaient pas d’insomnies, que du dépouillement. Comment croire que ce gamin espiègle et éternel réfractaire cheminait langoureusement vers ses soixante-dix-sept ans? Contrairement à la rumeur publique, qu’il entretenait avec avantage, Cabu n’était pas cet «éternel ado» qui regardait le monde et s’en amusait avec désolation.

jeudi 1 janvier 2015

CNR: «Ainsi sera fondée une République nouvelle...»

Avec la mort de Robert Chambeiron, intervenue le 31 décembre 2014, une page de l’histoire du XXe siècle se tourne. Il fut l’un des artisans de la création du Conseil national de la Résistance (CNR), qui, le 15 mars 1944, approuvait, à l'unanimité de ses membres, un programme d'action pour la libération de la France et un projet de mesures politiques et sociales d'envergure. Retour sur cette page d’histoire.
 
Robert Chambeiron.
"Instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie."
 
Dans la nuit de l'Occupation, des hommes, des femmes continuent de résister. Et pensent. Le mois de mars 1944 ressemble aux précédents, mais, déjà, comme une petite musique de plus en plus forte dans les têtes et les coeurs, l'ombre se fait plus humaine - l'espérance aussi. Un mois plus tôt, certes, les fusillés de l'Affiche rouge sont tombés au Mont-Valérien, comme tant d'autres partout sur le territoire. Tandis que sur le front de l'Est les forces nazies craquent sous la pression de l'armée soviétique et que les rumeurs de débarquement attisent les forces, la lutte armée, malgré les puissances conjuguées de la milice et des SS, se poursuit dans le pays. C'est encore l'hiver pour quelques jours et la vision d'une France future, quand elle sera débarrassée du joug, se précise. Pendant plusieurs mois, des résistants se réunissent au péril de leur vie, échangent des documents en vue de rédiger un programme destiné à définir la politique au lendemain de la Libération. Tous, plus ou moins, ont à l'esprit les événements qui ont jalonné la politique de leurs pays depuis une décennie.

mardi 30 décembre 2014

Être radical

En 2015, soyons radicalement combatif ! Car ils ne manquent pas, ces combats à mener, pour s’agrandir, pour se hisser, pour travailler à un réel changement.
 
La ''une'' de l'Humanité du 31 décembre, réalisée spécialement pour nos lecteurs par l’artiste Bruce Clarke, résume assez bien ce que pensent et ce que sont les équipes de l’Humanité avant le passage à la nouvelle année et l’esprit rituel des vœux et des souhaits, les meilleurs possibles et envisageables, qui l’accompagne. Par les temps qui courent, avec la peur du lendemain et l’à-venir qui tiraille, une expression, une seule, en effet, pourrait nous déchiffrer au plus juste par sa nécessité et son exigence: «Être radical». Oui, radicalement combatif! Face à la rage de destructions sociales, face à un capitalisme qui ne répand qu’inégalités et pauvretés, face aux divisions, aux haines, aux intégrismes de toutes natures, face aux extrêmes droites néofascisantes, le «combat» redevient l’un des plus beaux mots de la langue française.

lundi 29 décembre 2014

Résistance grecque

Les électeurs grecs sont aux portes d’un changement anti-austéritaire. Le gouvernement Samaras a échoué à faire élire le président de la république héllenique par le parlement. Elections législatives anticipées d'ici un mois.
 
Alexis Tsipras.
Curieux, comme les moments cruciaux de nos démocraties suscitent des interprétations antinomiques. Ce qui se passe en Grèce – pays d’expérimentations devenu champ de ruines – l’illustre de manière assez magistrale. D’ici un mois, donc, des élections législatives s’y dérouleront. Cette perspective d’un nouveau vote populaire a le don de mettre sens dessus dessous l’Europe des puissants, ces derniers n’ayant pas de mots assez durs devant ce qui pourrait ­advenir, à savoir une victoire de la coalition anti-austérité, Syriza, que tous les sondages, pour l’instant, prédisent. Comme ils sont nombreux, les exécuteurs d’infamies. Comme ils se ressemblent et s’assemblent dans leurs désirs morbides. La raison de leur haine déchaînée? Selon le Figaro, «Bruxelles et Berlin observent avec attention», car, voyez-vous, «l’arrivée de la gauche radicale au pouvoir» risquerait «de compromettre les réformes en cours». Le journal de Dassault ne cache pourtant pas la vérité. «Les Grecs ont accepté des sacrifices dont peu d’Européens mesurent la brutalité», si bien que «la troïka des “sauveurs”, Commission, BCE, FMI, a réussi à se rendre aussi populaire que les cavaliers de l’Apocalypse». Bien vu. À un détail près: l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras, le leader de Syriza, qui incarne la résistance démocratique, serait une bonne nouvelle et pourquoi pas un moment crucial de notre histoire, que tous les Européens asphyxiés, tétanisés ou révoltés par les politiques d’austérité devraient saisir telle une chance!
 

jeudi 25 décembre 2014

Quelques mots pour Noël ?

Si tu parles à Jésus, c'est que tu es croyant.
S'il te répond, c'est que tu es schizophrène.

Joyeux Noël quand même.