jeudi 21 mai 2015

Robolution(s): le futur c'est aujourd'hui

Les spécialistes l’affirment: avec les progrès des machines, 30% à 70% des emplois seront perdus d’ici trente ans.
 
Machines. Un matin vous vous réveillez dans un clair de jour en apparence ordinaire, un jour comme les autres que vous voudriez ne conjuguer qu’au présent, pourtant, à la faveur d’une information captée à la radio, vous découvrez que le futur vous a déjà arraisonnés – et avec lui ont resurgi quelques vieux fantasmes du temps de vos lectures d’adolescence que vous pensiez enfouies dans votre mémoire morte. «La robotisation des outils industriels pourrait détruire 3millions de postes en France d’ici à 2025.» Peu de mots ont pénétré votre cerveau, mais beaucoup de conséquences s’y bousculent. «Au sein du marché de l’emploi français, 42% des métiers présentent une probabilité d’automatisation forte du fait de la numérisation de l’économie.» Voilà, c’est dit, et tous les récits d’anticipation qui ont nourri votre imagination apeurée trouvent soudain une traduction presque concrète, vérifiée par le journalisme officiel, accréditée par les économistes mondialisés, tandis que les faits avancés en cascade donnent le tournis, même si vous vous doutiez bien que les progrès de la numérisation de l’outil industriel auraient (fatalement?) des conséquences sur les métiers historiquement automatisables et la façon de travailler en usine.

dimanche 17 mai 2015

Charlie(s): les manifestants, l'esprit républicain, l'islam...

Quand Emmanuel Todd tente de déconstruire le 11 janvier.
 
Zombies. Emmanuel Todd dit ne pas regretter «d’avoir attendu» avant de réagir aux événements de janvier dernier. Au moins a-t-il raison d’affirmer qu’un chercheur de son rang doit apporter autre chose «qu’une morale pure ou une idéologie de meilleure qualité, mais une interprétation objective des faits qui ont échappé aux acteurs eux-mêmes, emportés par l’émotion, mus par des préférences souvent obscures ou carrément inconscientes». Quelques mois donc, avant de publier le tonitruant ''Qui est Charlie?'' (Seuil), un peu plus de 240 pages souvent brillantes, parfois irritantes, toujours dérangeantes dans la mesure où le célèbre historien, anthropologue et démographe, qui n’a plus à prouver l’excellence ni l’importance de la plupart de ses travaux depuis quarante ans, s’emploie dans ce texte à déconstruire l’une des rares communions solennelles de la République depuis la Libération, celle du 11 janvier, qui avait rassemblé dans la rue quatre millions de personnes, censément venues là pour défendre l’essentiel, une certaine idée de la démocratie, de la liberté d’expression et, sait-on jamais, un goût pour l’incarnation de l’être-républicain.  

Quotas et migrants

Quand Manuel Valls parle quasiment comme Nicolas Sarkozy et refuse la proposition de la Commission européenne.
 
Les choses sont claires. Pour répondre à la proposition de la Commission européenne d’imposer des quotas de réfugiés aux États membres, Manuel Valls et Nicolas Sarkozy ont usé d’une même voix. «Je suis contre» car «cela n’a jamais correspondu aux positions françaises», a déclaré le premier ministre, que François Hollande avait dépêché en gare de Menton pour signifier l’importance symbolique du lieu où il s’exprimerait sur le sujet. Comme en écho, l’ex-président et patron de l’UMP a parlé d’«une folie». Pour Valls et Sarkozy, la France doit donc pouvoir choisir elle-même les forçats de l’exil qu’elle accueille, quelles que soient les circonstances. Ces rhétoriques communes, qui devraient satisfaire les éditorialistes du Figaro, sont non seulement une entrave à l’esprit de notre pays mais surtout un blanc-seing à ceux qui, partout dans l’UE, veulent encore renforcer les dispositifs de cette Europe forteresse qui s’est absurdement construite sous nos yeux ces dernières années… 
 

dimanche 26 avril 2015

Infâme(s): Hollande l'amnésique

Comparer le PCF des années 1970 au Front nationaliste: une insulte à l’Histoire.
 
Blessure. Nous avons, nous autres ­héritiers d’une vieille ambition, une créance que nous devons aux artisans d’une longue tradition de gauche. Le goût de l’aventure collective ne tombe jamais de nulle part. Une certaine éthique de communauté ne s’épingle pas dans nos esprits par hasard. L’engagement sincère n’est pas fait pour ceux qui veulent avoir des preuves, mais pour ceux qui veulent subir des épreuves. Ainsi l’ampleur de l’épreuve que nous venons de ressentir après les propos de Normal Ier ne se mesure qu’à l’aune de cet engagement fidèle qui parcourt nos existences et pour lequel nous fûmes et sommes encore prêts à de nombreux sacrifices. Il y a en effet quelque chose d’infâme, d’abject, d’assister à un tel arraisonnement de l’intelligence. Quand des arguments de caniveau viennent saturer l’Histoire – qui ne manque pas de profanations – et salir ceux-là mêmes qui les profèrent. Au temps du règne de Nicoléon, nous étions habitués aux amalgames. N’avait-il pas établi un parallèle entre le discours de Fifille-la-voilà et celui de Jean-Luc Mélenchon? Cette fois l’affaire est plus grave, plus épouvantable évidemment puisqu’elle vient d’un président de gauche: Normal Ier n’a pas hésité à comparer le PCF des années 1970 et le Front nationaliste. Un déshonneur total.
 

Macron, ou la passion capitaliste

Ce n’est plus la simple conversion couchée sur papier d’un ministre dit «de gauche», c’est un plaidoyer enflammé à la gloire du capitalisme tout court!

«Nous avons les moyens de façonner un capitalisme à l’image de nos ambitions.» Vous ne rêvez pas, ainsi débute une tribune écrite par Emmanuel Macron intitulée «Retrouver l’esprit industriel du capitalisme» et publiée dans les colonnes du Monde ce week-end. Eu égard aux paroles et aux actes du ministre de l’Économie depuis des mois, nous pourrions considérer qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil crépusculaire du gouvernement, surtout quand c’est l’ancien banquier d’affaires de chez Rothschild en personne qui donne des leçons de libéralisme appliqué. Sauf que la lecture attentive de ce texte vaut désormais définition. Pour M. Macron, sachons-le une bonne fois pour toutes, le temps de ce qu’il appelle le «capitalisme d’État» de «la tradition colbertiste» est révolu. Sous sa plume, vous ne lirez pourtant pas les mots «régulation» ou «rupture», ni pour un futur proche, ni jamais. Juste le discours d’adaptation au capitalisme. Rien de plus, rien de moins. Emmanuel Macron, c’est Édouard Balladur, Alain Madelin et Jacques Delors dans le même cerveau. Et si vous en doutez, sachez que pour lui la France a besoin «d’un capitalisme de long terme, qui accompagne nos entreprises dans leurs investissements», et encore et toujours de la «création de valeur actionnariale» pour «faire émerger de nouveaux champions du CAC 40». Emmanuel Macron pense d’ailleurs aller «plus loin pour rendre la fiscalité des actionnaires plus encourageante», car l’actionnariat salarié, à l’image de ce qui se fait chez «Google ou Facebook» (sic!), serait l’alpha et l’oméga de l’avenir de nos entreprises…
 

samedi 25 avril 2015

Vous avez dit "dialogue social"?

La loi Rebsamen ressemble bel et bien à une arme contre les représentants du personnel!
 
Il y a quelques jours, le journal le Monde, comme souvent dans ces cas-là, tentait de rassurer l’establishment médiatico-politique à propos du projet de loi Rebsamen sur le «dialogue social», présenté ce mercredi en Conseil des ministres. Pour le quotidien du soir, ledit texte ne «fâcherait personne» et serait même «équilibré». Même tonalité du côté de Libération, qui évoquait un «toilettage plus qu’une révolution». Tout irait donc pour le mieux dans la meilleure des France. On croit rêver. Car la CGT, FO et même la CGPME ne partagent pas du tout ce point de vue laudateur et mensonger. Si le ministre du Travail, François Rebsamen, reconnaît timidement la nécessité de doter d’une représentation les salariés des très petites entreprises, il veut en affaiblir d’emblée les prérogatives en fusionnant les instances représentatives des entreprises de moins de ­
300 salariés. À la plus grande joie des dirigeants du Medef qui ne détesteraient pas se débarrasser des comités d’entreprise et autres CHSCT, sans lesquels nous savons ce qu’il adviendrait des droits des salariés et du fameux «dialogue social». Cette extension de la délégation unique du personnel (DUP), déjà expérimentée çà et là, s’avère mortifère, d’autant que le Medef caresse un rêve: que cette loi soit un coup d’essai, avant une extension plus vaste encore, à l’ensemble des entreprises. La loi Rebsamen ressemble bel et bien à une arme contre les représentants du personnel!
 

vendredi 17 avril 2015

Démocratôlatre(s): la fin d'un mot...

Le but 
des sociaux-libéraux? 
Rayer le mot «socialiste» et créer un parti démocrate.

Rêve. «La victoire aux élections? Oui, tant mieux. Et puis après? Préparer un autre avenir, c’est aussi engager les leçons du passé.» C’était il y a trois ans, trois ans déjà. Le philosophe et médiologue Régis Debray publiait le tonitruant Rêverie de gauche (Flammarion) et prévenait ceux qui sav(ai)ent encore lire que rien de mécanique ne dicte l’action politique, surtout quand elle est structurée par les arrière-pensées de ceux qui prétendent la mettre en œuvre. Plus qu’une épreuve ou un plaisir, rouvrir ce magistral livre nous apparaissait aujourd’hui comme une envie, sinon une nécessité, en tant qu’illustration durable de ce qu’il convient parfois d’anticiper pour ne pas feindre l’étonnement. Les premières phrases de Régis Debray étaient les suivantes: «Les urnes sont des boîtes à double fond, électoral et funéraire; elles recueillent, avec un léger décalage, nos rêves et nos cendres.» Et les toutes dernières résonnaient telle une prophétie inversée: «Rêvasser n’est pas toujours délirer. Ce ne sont pas des chimères qui émergent de ces moments à la Jean-Jacques où “on laisse sa tête entièrement libre, et ses idées suivre leur pente sans résistance et sans gêne”, mais aussi des rappels, ou des espoirs, ou les deux. Et je continue de croire possible la présence au forum d’hommes et de femmes épris de justice, capables de rester fidèles à leur intégrité, leur langue, leur histoire et leur quant-à-soi – bref, à leur raison d’être.» Nous savons depuis ce qu’il est advenu du rêve un peu fou de croire en une gauche sociale-libérale si peu fidèle à son histoire et si peu intègre avec ses manières de nouvelle riche qu’elle a bazardées aussi vite qu’annoncées les rares promesses «sociales» consenties le temps d’un discours resté célèbre, hélas, pour ce qu’il laissait croire et non ce qu’il disait…

jeudi 16 avril 2015

Orange: ce travail qui tue...

Idée insupportable, celle que le suicide puisse devenir un acte ultime de renoncement, parfois de résistance. Exemple chez Orange, ex-France Télécom...

Le suicide, disait Victor Hugo, est une «mystérieuse voie de fait sur l’inconnu». Parfois ce mystère – appelons-le «les racines du mal» – se trouve là sous nos yeux, identifiable et identifié, prêt à ruiner les êtres les plus solides. Répétons-le: ceux qui se suicident au travail ne sont que très rarement des dépressifs ou des mélancoliques, mais plutôt ceux qui aiment leur travail et se dévouent sans compter. Les salariés d’Orange, ex-France Télécom, en savent quelque chose. Un rapport accablant de l’inspection du travail révèle à quel point les pratiques managériales sont à la source, aujourd’hui encore, de la détresse extrême des salariés. Après les vagues de suicides des années 2000, les dirigeants actuels avaient affirmé, la main sur le cœur, que tout avait changé. Il n’en est rien. Travailler tue encore chez Orange: 21 suicides en 2014, déjà 6 en 2015…

Idée insupportable, celle que le suicide puisse devenir un acte ultime de renoncement, parfois de résistance.

vendredi 10 avril 2015

Néocon(s): les raisons d'un vote reptilien

La séquence électorale laisse les citoyens incapables d’entrevoir le récit d’une France meilleure.
 
Droitisation. Prisonniers de nos solitudes par temps de crises (le pluriel a son importance), nous aspirons au recul utile, comme aspirés par la tâche ingrate de cette recherche du bonheur collectif en fuite, avec au creux du ventre, tenace et traitresse, la crainte de nous retrouver noyés dans une nuit plus profonde encore. Ce recul nécessaire, comme courage d’affronter l’absolu en nous arrachant du monde familier et des commentaires éculés, pour reprendre souffle, force et vigueur, après une séquence électorale qui laisse les citoyens de ce pays un peu groggys et surtout incapables d’entrevoir le récit d’une France meilleure. La page blanche d’une République à réinventer de fond en comble, en somme. Pessimiste en diable, le sociologue et éditeur Jean Viard écrivait la semaine dernière dans Libé le commentaire suivant: «Les vrais vainqueurs, ce sont les Français sans utopie, tristes de leur futur, déçus de leurs rêves. Certains sont allés voter pour faire barrage au FN, à droite ou à gauche. Certains même votent FN par désespoir. C’est ceux-là qu’il faut écouter. Ils sont en deuil du rêve révolutionnaire de leurs parents de 68, ou du rêve gaulliste.» Beaucoup d’analystes le pensent: le scrutin départemental aurait renforcé le processus d’extrême droitisation de la vie politique française. Exemples: la percée du Front nationaliste sur l’ensemble de nos territoires; mais aussi l’hystérisation des propos anti-islam de Nicoléon durant les meetings (cantines scolaires, voile, etc.), qui ressemblaient de plus en plus à une nouvelle campagne buissonniène. Sans parler du climat général lui-même, qui infuse jour après jour, mois après mois, année après année, dans un néoconservatisme très maurassien, avec ses relents xénophobes, sexistes, homophobes, plus proche d’un travail-famille-patrie que de liberté-égalité-fraternité, avec ses pôles islamophobe (Zemmour) et antisémite (Soral).

jeudi 2 avril 2015

Notabilisation(s): la chute du socialisme local?

L’option sociale-libérale de Normal Ier, une machine à autodétruire le PS.
 
Désastre. Pour les journalistes aussi, chaque situation possède deux faces. L’une en pleine lumière, où l’exactitude et la minutie de la description s’avèrent à la fois possibles et nécessaires. Mais il y a aussi l’autre moitié dans l’ombre, et que nous ne pouvons décrire sans forcer les portes du réel, souvent elles-mêmes emportées par l’irrésistible courant de conscience dès qu’elles s’entrouvrent. Depuis dimanche soir, dans les états-majors socialistes (à Solférino, au Palais, à Matignon ou dans les cabinets ministériels), tous nos interlocuteurs mélancolisent leurs propos, flirtant avec l’irrationnel, voire l’ultra-pessimisme, comme si l’Histoire, à force de vouloir en sortir, les avait tous rattrapés à coups de crocs. «S’il fallait raisonner par l’absurde, déclare un avocat du sérail reconverti en conseiller technique ministériel, je dirais que nous avons subi une défaite cuisante dans laquelle chacun peut créditer sa propre analyse, et c’est bien le drame. Nous sommes tous gagnants, car tous perdants!» Un ancien proche de Jean-Marc Ayrault, débarqué depuis l’arrivée de Manuel Valls, précise sans détour: «Bien sûr que la gauche était dispersée à cette élection. Mais à quoi sert de le rabâcher pour justifier une déculottée. L’important, c’est de comprendre pourquoi la politique du gouvernement actuel ne peut pas rassembler sur sa gauche et plonge notre électorat dans l’abstention massive…»

mercredi 1 avril 2015

Valls en Big Brother

La fibre sécuritaire de Manuel Valls est connue. Ami intime de l’ex-conseiller de Sarkozy, le criminologue Alain Bauer, qu’il continue de fréquenter assidûment comme au bon temps de leurs études à la fac de Tolbiac...

Les plus grands dangers pour une démocratie surgissent parfois sournoisement. À la faveur d’un projet de loi relatif au renseignement, qui arrive en commission au Parlement, magistrats, juristes et responsables d’associations expriment leurs plus grandes inquiétudes devant ce qu’ils considèrent comme potentiellement une machine à museler et à bâillonner les citoyens, une surveillance de masse. La peur, ce puissant ressort. Profitant de l’émotion légitime suscitée par les attentats de janvier, le gouvernement veut imposer les mesures les plus liberticides jamais votées depuis l’état d’urgence. Moderniser les services de renseignements est une chose, une autre serait d’élargir la «surveillance» bien au-delà du seul terrorisme. Que viennent faire là-dedans la «défense nationale», la «lutte contre le banditisme», les «intérêts économiques et scientifiques» ou encore les «violences collectives» et la «paix publique»? Tout serait dès lors permis, y compris la mise sur écoute d’un syndicaliste en amont d’une manifestation ou de toute personne ayant participé à un rassemblement. Tous soupçonnés!

vendredi 27 mars 2015

Vérité(s): deux enseignements après le premier tour

Lors des élections départementales, le Front de gauche se structure durablement. Le Front nationaliste s’étend.
 

Détournement d'une affiche publicitaire
réalisé par des militants du Val-de-Marne.
Faits. Ainsi donc, à la faveur du premier tour des élections départementales, les commentateurs ont définitivement entériné l’apparition dans le paysage d’un «tripartisme imposé par les électeurs». Vous avez compris: l’UMP-UDI, le PS et le Front nationaliste se partageraient ad vitam aeternam l’essentiel des bulletins de vote de nos concitoyens. Outre que rien n’est jamais figé dans la vie, en politique comme en toutes choses, le phénomène médiatique qui consiste à éliminer systématiquement des radars le Front de gauche, particulièrement dans ce scrutin-là, devient sinon grotesque du moins scandaleux. Les lecteurs de l’Humanité, eux au moins, connaissent la réalité des chiffres, qu’il convient de rappeler brièvement pour la bonne compréhension de tous. En 2008, le PCF recueillait 8,8% dans la même élection. En 2011, le Front de gauche pointait à 8,9% des suffrages exprimés et 9,4% sur les cantons où il était présent. Parlons maintenant de 2015: les binômes où figure au moins une composante du Front de gauche recueillent 9,4% des suffrages exprimés, chiffre qui grimpe à 11,9% sur les seuls cantons où il présentait des candidats (1540 au total).

Disparition: Emile Besson, ou l'âge d'or des Géants de la route

L’ancien journaliste de l’Humanité, qui participa à 35 Tours de France, s’est éteint à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Résistant et titulaire de la croix de guerre, ce communiste de toujours était l’intime d’Anquetil et de «Poupou», sobriquet célèbre dont il fut l’inventeur.
 
Emile Besson (à droite) avec Bernard Hinault, en 1985.
«Il n’y a pas de grands hommes, quand on a juste fait ce qu’il fallait faire.» Dans le creuset battant de son cœur, chacun possède et préserve jalousement ses héros. Émile Besson, qui s’est éteint dans la nuit de dimanche à lundi, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans, était l’un de ces personnages rares qui comptent dans la transmission d’un monde. Ce héros-là a traversé les siècles avec l’élégance narquoise de ceux qui savent ce qu’ils ont accompli en ampleur, et le charme communicatif des combats menés, heureux depuis longtemps d’avoir à ne plus les justifier. Émile Besson, alias Mimile ou Milou, selon la chronologie de son compagnonnage dans le rang de l’amitié, a été l’une des figures d’une autre race que celle des journalistes dits sportifs. Avec son compère Abel Michéa, mort en 1986, ils ont agrégé à eux, pour le bonheur de générations de lecteurs de l’Humanité, une densité historique et politique qui faisait langage, inventant un phrasé qui engageait l’espoir dans ce qu’il a de plus sacré et touchait l’âme des gens.  

Droite la plus dure

Ce n’est pas en abandonnant les décisions politiques locales à la droite que la gauche alternative gagnera du terrain.

Le miroir de notre temps incite à la prudence, sinon à la crainte. Devant nous se dresse donc la droite, dont le programme délirant, s’il était appliqué dans les départements, ne vise qu’à hacher menu les politiques solidaires et ôter la chair même des prérogatives sociales de cet échelon territorial aimé par nos concitoyens. Le retour de cette droite triomphante, plus dure, conservatrice et ultralibérale que jamais, a de quoi effrayer. Souvenons-nous! Qu’était le palais de l’Élysée du temps de la mainmise sarkozyste, sinon l’espèce de QG glauque et vulgaire d’une mafia politique dirigée par un cabinet noir pour lequel tous les coups étaient permis? Trois ans après son départ du pouvoir, Sarkozy singe encore la victime salie et vaincue par la seule haine de ses adversaires. La thèse a pourtant fait long feu.

vendredi 20 mars 2015

Irascible(s): examen de conscience avant vote...

Un désespoir protéiforme s’invite 
dans toutes 
les sphères 
de la société.

Effraction. Avez-vous remarqué, vous aussi, à quel point les discussions de rue prennent ces temps-ci des tournures assez surréalistes et quelquefois franchement irritantes? Étrillés par les méchancetés du moment, les mots, portés par les vents mauvais, grossissent et explosent de façon irrationnelle, comme si la «libération de la parole» que constatent les sociologues fonctionnait à l’inverse d’un bienfait, disons à la manière d’un exutoire assez immonde. Citoyenneté, où es-tu? Entre le ­ras-le-bol de ceux qui ne comprennent plus à quoi sert vraiment la politique quand tout s’écrit à la marge du libéralisme et de l’ultralibéralisme, entre les rancœurs du peuple de gauche à l’endroit des socialistes de gouvernement, et ceux, paumés, qui ont renoncé par colère à croire en quoi que ce soit dès qu’il s’agit d’évoquer l’idée de représentativité, voici le désespoir protéiforme qui s’invite cette fois comme par effraction dans toutes les sphères de la société. Une élection en est souvent le reflet le plus flou, mais le plus cruel aussi. Et ce qui se passe sous nos yeux effarés – du côté des médias mais également du côté de certains Français – a de quoi nous inquiéter ou nous terrifier selon les cas. En somme, soyons lucides: ­attendons-nous à des secousses terribles, qui dépasseront de loin les seuls résultats des urnes.

mardi 17 mars 2015

Dans le miroir

Pourquoi la campagne électorale des Départementales, médiatiquement, nous accable et nous inquiète.

Regardons autour de nous, la tentation est grande. Celle du ras-le-bol généralisé devant le spectacle affligeant de la mise en scène médiatique d’une campagne électorale dont nous ne savons plus quel dessein elle présuppose et prépare sournoisement dans l’entrelacs des basses œuvres. À cinq jours d’un vote crucial pour l’avenir de nos départements – l’un des échelons territoriaux les plus fondamentaux dans la vie sociale et solidaire des citoyens à l’heure où se distendent voire se disloquent les liens sacrés d’une République qui protège de moins en moins les plus faibles –, tout se passe comme si la banalité des arguments les plus creux et les plus vils satisfaisait pleinement ceux qui nous les infligent quotidiennement, au point de les rendre ivres d’eux-mêmes, donc totalement inopérants. Manuel Valls et Nicolas Sarkozy? Les voilà qui s’apostrophent à distance et placent volontairement le FN au centre de l’échiquier politique, sans jamais évoquer leurs responsabilités communes face à la montée de l’extrême droite et du poujado-nationalisme exacerbé, ni sans jamais, bien sûr, parler des ravages de l’austérité et des politiques libérales qu’ils partagent au moins dans les grandes lignes et qu’ils nous ont imposées et nous imposent encore. Dans son fameux «appel de Boisseuil», le 6 mars, le premier ministre demandait: «Où est la gauche?» S’il avait tendu un miroir pour y apercevoir son visage, il aurait pu répondre qu’il ne la voyait pas, en effet, sinon le reflet du désespoir infligé.
 

jeudi 12 mars 2015

Piège(s): Fifille-la-voilà et ses kapos

Pour combattre l’extrême-droite? S’armer et armer les autres d’une dialectique des idées assez puissante pour dénoncer les contradictions d’un programme inepte et dangereux pour la démocratie.
 
 
Argument. Pour que Fifille-la-voilà se détruise en plein vol et s’enfonce dans les abysses de notre histoire, la rhétorique éthique et les discours humanistes, aussi beaux et nécessaires soient-ils, n’y suffiront plus. À la faveur des élections départementales, le Front nationaliste entend essaimer sur l’ensemble du territoire, passer le pays au tamis de ses idées fourre-tout et attrape-tout, laisser des empreintes vives. Pour l’essentiel, le mal est déjà fait et il n’y a aucune honte à devoir se dire qu’il faudra peut-être plus de temps pour extirper l’extrême droite du paysage politique et idéologique qu’il en a fallu au père et à la fille pour s’y installer. Ne le cachons pas: prétendre revenir en arrière, à un point zéro fantasmé, ne sert plus à rien. Dans notre ici-et-maintenant, alors que l’organisation poujado-fascisante revendique la première place dans l’échiquier électoral, il s’agit d’affronter le monstre pied à pied, argument contre argument, de desceller pierre par pierre ce qui a été bâti avec l’assentiment actif ou passif de la médiacratie rampante.

mercredi 11 mars 2015

La vraie vie...

Il y a quelque chose de furieusement aliénant à voir s’agiter les Hollande, Valls, Macron et les autres si loin des priorités du peuple dans sa masse.
 
La méconnaissance s’avère parfois pire que l’ignorance. Onze jours nous séparent désormais du premier tour des élections départementales et tout se passe comme si le pouvoir en place avait décidé de négliger ce qui lui ­incombe prioritairement: la cohésion sociale, l’avenir d’une République ferme sur ses principes et surtout, oui, surtout, la vie des gens, la dignité des plus faibles, en somme… Il y a quelque chose de furieusement aliénant à voir s’agiter les Hollande, Valls, Macron et les autres si loin des priorités du peuple dans sa masse, piétinant chaque jour un peu plus l’humus des valeurs de gauche. L’ultra-majorité des progressistes réclame une relance économique et une réorientation réelle des politiques en faveur de l’emploi? Qu’importe. Seul fonctionne à plein régime l’étouffoir gouvernemental à coups d’austérité et de régressions sociales, heureusement contesté jusque dans les rangs socialistes, à défaut pour l’instant d’être battu en brèche. En creusant la désespérance sociale, Manuel Valls ne s’y prendrait pas autrement s’il voulait amplifier le phénomène d’abstention, qu’il prétend dénoncer par ailleurs en annonçant à cor et à cri la victoire du FN. L’impasse conduit souvent à la folie politique, et vice versa. Cette fois, ajoutons en plus la schizophrénie. 

dimanche 8 mars 2015

Dominé(s): fifille-la-voilà s’avance sans complexe et sans vergogne

Quand l'extrême droite joue sur une idéologie-de-la-crise.

Dessin de Charb paru dans Charlie Hebdo en juillet 2013.
Extrême-droitisation. «Et si l’imaginaire collectif et les représentations sociales avaient basculé à droite et à son extrême…» Au milieu d’une discussion téléphonique qui a pour thème «l’air du temps n’annonce rien de bon» et «n’est-il pas trop tard», un ami philosophe, volontairement provocateur, ne s’embarrasse pas de la forme interrogative pour plaquer des mots sur un diagnostic qu’il veut implacable, car, dit-il, «il faut arrêter de se raconter des histoires». À en croire l’avalanche de sondages qui tous affirment que les candidats de fifille-la-voilà risquent de réussir de larges scores au premier tour le 22 mars, l’échéance électorale des départementales, d’ordinaire peu favorable à l’extrême droite, a de quoi effrayer tout bon républicain qui se respecte. Le climat politico-médiacratique est tel, d’ailleurs, depuis des mois, que l’affaire semble entendue, jouée d’avance. Circulez, passez votre chemin! Comme si le malheur collectif d’un pays comme le nôtre suffisait à expliquer le choix d’une dérive mortelle contre laquelle nous ne pourrions plus rien. Si nous doutons de cette sinistre fatalité, reconnaissons, néanmoins, que rien n’incite à l’optimisme.

dimanche 1 mars 2015

Fatalité, l'arme du système

La médiacratie sondagière l'annonce: les élections départementales sont déjà jouées, il serait inutile de s'en mêler...
 
La course aux sondages est parfois proportionnelle à la frénésie des chasseurs de scoops en mal de sensations fortes par temps de crise. L’usage qui est fait de ces sondages varie même selon les cas. Depuis quelque temps, une tendance effrayante s’impose dès que nous allumons notre télévision, notre radio: pour les élections départementales des 22 et 29 mars, restez chez vous, tout est joué, inutile de participer à des débats citoyens et surtout, surtout, ne cherchez pas à comprendre ce qui se trame dans votre dos avec ce scrutin local, le petit monde de la médiacratie s’occupe de tout! Voilà ce qu’à peu près nous entendons du matin au soir. Le précipice est là, devant nous, et il n’y aurait rien à faire, rien à changer, rien à espérer pour ceux qui souffrent le plus. Juste se préparer à un scénario écrit par avance. L’extrême droite arriverait en tête du premier tour, la droite raflerait la mise au second, le PS serait atomisé, quant à la gauche alternative et anti-austérité, pourtant jamais aussi rassemblée dans la constitution de ses listes, elle ne ramasserait que des miettes… Le Journal du dimanche, qui a publié l’un de ces sondages, hier, nous explique que «l’électorat se radicalise». Tous les signes montrent au contraire une banalisation coupable et mortifère à laquelle les médias ont participé activement: celle du Front national et du poujadisme abject. Qui sème récolte.